MIGRATION CHOISIE

    Voici quelques années maintenant que s'est renforcé le contrôle de la migration. Ce mouvement de surveillance de populations en transit, initié sur une frontière du sud, s'est étendu à l'ensemble de notre territoire. De nouveaux instruments optiques montés sur trépieds renforcent l'efficacité des contrôles de déplacements d'estivants s'attardant parfois dans la clémence d'un été indien... Solitaire, ou en association, les contrôleurs se sont pris d'une nouvelle passion et ne manquent pas de rendre compte de leurs observations. On connaît ainsi beaucoup mieux les itinéraires et les effectifs de nombreuses espèces. Une délation utile, primordiale à leur protection.
    S'accumulent ainsi quantité d'informations sur des noirs, des blanches, des cendrés, mais aussi des gris, des jaunes, des verts, des tachetés, des pourprés. On trouve des rustiques, des parasites, ou un peu ramiers, des domestiques, plus ou moins friquets, certains carrément huppés... Les unes sont grandes, d'autres naines. Un tel est chanteur, l'autre plutôt railleur ou aboyeur, voire siffleur et même polyglotte. Certaines sont féroces, d'autres variables, On en voit des barbus, des bottés, un tel est royal, l'autre impérial, celui-là pélerin...
    La plupart rendent, fidèlement, et sans rechigner, de fiers services dans divers secteurs de notre économie.
    Les aléas climatiques les pousse à une exode forcée, nullement choisie, plutôt subie, car beaucoup n'en reviennent pas. 
    Ils ont pour nom cigognes, busards, bihoreaux, bruants, moineaux ou cormorans, aigrettes, sternes, chevaliers, goélands... Ils sont autant de raisons de nous réjouir de la diversité, de la richesse de nos contrées. Ils passent, libres et sauvages, très haut par dessus nos têtes, par dessus les frontières.
       Ils passent. Ils reviennent. Nous les comptons, nous les regardons et nous ne sommes plus les mêmes...

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