TESTAMENT OVIN

Je suis une brebis Manech. Je fournis une laine abondante, un lait onctueux.

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J’arpente avec mes consœurs les pâturages basques de la vallée de la Soule. C’est là que je suis née.

Je sens que ma fin est proche. Le vent lèche le sel de mes larmes. Ceci est mon testament.
Comme mon amie Marjolaine, foudroyée l’autre nuit, je veux que mon berger m’abandonne là où je me coucherai pour la dernière fois.
Nombre de mes semblables, en des temps révolus, furent acheminés vers des centres d’équarrissages pour y être transformés en cosmétiques ou nourriture pour chiens. J’aspire à tout autre destin.
Je réclame ni plus ni moins que le droit de finir au fond de l’estomac des grands oiseaux nécrophages dont l’ombre immense frôlant les pentes herbeuses m’a fait plus d’une fois tressaillir au réveil d’une sieste. Cette ombre, cette envergure démesurée est pour moi la perspective de m’élever vers une dimension aérienne, noble métempsychose pour une créature souvent traitée avec mépris de « mouton ».


Qu’on me comprenne bien. J’aspire à connaître l’ivresse des cimes, délivrée de la pesanteur de mes quatre sabots. Qu’il ne reste pour tout souvenir qu’une mèche de ma toison poussée au gré des vents vers des vallées sans fond.