LA PROMESSE DE FEVRIER

 

            Février. L’hiver renforce son étreinte sur la forêt, étend son emprise jusqu’au fond des ornières qu’ont laissées les tracteurs de débardage.
            La flaque s’est vitrifiée. La terre s’est pétrifiée.                        
            Seul le passage des cerfs réveille d’infimes senteurs d’humus, bien vite évaporées dans un grand silence figé. Un rouge-gorge ébouriffé cherche son plat du jour sous les feuilles que soulèvent les grands herbivores. Ces ruminants cueillent du bout des lèvres les dernières feuilles de ronce. Sur l’une d’elles, un fin lambeau de toile d'araignée dessine un ourlet de dentelle givrée. Les cimes dégarnies des fûts à l’écorce rugueuse déchirent un ciel de plus en plus bas. Un ciel qui ne s’anime que la nuit, quand la voie lactée répand ses lucioles et que le froid paralyse la campagne.

            Mais Février, c’est aussi l’appel de la grive draine par dessus les futaies. C’est un premier cri, un chant qui court vers l’horizon, vers un autre chêne, vers une autre grive qui reprend ce petit espoir mélodieux et le pousse un peu plus loin, vers une autre forêt, vers demain, vers d’autres ornières, vers d’autres flaques où les grenouilles ont pondu. La promesse est dans l’oeuf, même si le gel lui est promis, même s’il ne doit jamais donner la vie. Le printemps est dans la flaque.
C’est une période où chaque constat du recul de l’hiver provoque un sentiment d’euphorie. On se contente de peu. Même si les frimas sont encore là, chaque petite victoire nous donne l’espoir de lendemains qui chantent.


            Mai et juin sont des nantis durant lesquels on s’habitue à la profusion de la vie. On est gourmand, on en demande beaucoup, on en veut toujours plus.

             En février, on est humble, on sait apprécier le peu qui nous est offert.

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